Négrologie - Les critiques

Vincent Cespedes : la mésinformation (extraits)

Extraits de "L’ère de la mésinformation" article de Vincent Cespédès

Racisme, intolérance, imposture font bon ménage, car la loi du plus fort reste la loi de l’homme blanc. L’Afrique subsaharienne, saignée aux quatre veines par la Françafrique des Jacques Foccart et consorts, est un continent de non-droit ravagé par les impostures de toutes sortes : racistes, politiques, juridiques, financières, commerciales. En outre, une critiquature malhonnête se charge régulièrement d’inculper les Africains et de blanchir les spoliations occidentales. Elle célèbre par exemple la divagation révisionniste de Stephen Smith, qui, dans Négrologie. Pourquoi l¹Afrique meurt, explique avec des formulations confuses destinées à tromper le public non averti que les Africains veulent tout bonnement se suicider ! « Les Africains, assure le journaliste, se sont enfermés dans un passé réinventé et idéalisé, une "conscience noire" hermétiquement scellée. » Ils sont donc habités par un persistant « refus d¹entrer dans la modernité autrement qu’en passagers clandestins ou en consommateurs vivant aux crochets du reste du monde ». La couverture de l’ouvrage en dit déjà long sur sa probité intellectuelle : un soldat noir, lance-roquettes à l’épaule, torse nu et tresses afro, fuyant comme s’il dansait, criant de peur comme s’il riait. Un remake de « Y a bon Banania ! », revu et corrigé par les barbouzes.

Remplacez le malheureux par un Tchétchène, un Juif ou un Arabe, et vous soulèverez un tollé général, ô combien justifié ! Mais la négrophobie permet tous les humours, jusqu’au titre (« Négrologie »), jusqu’aux boutades infamantes : « Des Africains se massacrent en masse, voire qu’on nous pardonne ! se "bouffent" entre eux. » Smith est tout pardonné : son essai vient de recevoir le prix France Télévisions ! L’imposture (néo)coloniale d¹un retard de l’Afrique voulu par les Africains ne s’attarde bien sûr jamais sur les quatre siècles d’esclavagisme, les dizaines de millions de déportés, les centaines de millions de tués, et encore moins sur les grands empires précoloniaux (Égypte pharaonique, Ghana, Mali, Songhay, etc.)

L’Afrique ? « Un continent qui n¹a inventé ni la roue ni la charrue, qui ignorait la traction animale et tarde toujours à pratiquer la culture irriguée, même dans les bassins fluviaux. »Heureusement, dans ces conditions, que la Françafrique soutient activement dictateurs, rebelles et « Forces nouvelles » afin qu’Elf-Total-Fina, Barry-Caillebault, ADM, Sitrarail, France Telecom, Bouygues ou Bolloré avec des marges exorbitantes « développent » le continent des gueux ! « On ne peut être juge et partie, à moins d’être un imposteur. » Nous pourrions universaliser ces mots du Sénégalais El Hadj Abdoulaye Guéye, critiquant la perte de l’authenticité africaine par la colonisation. Le pire est une politique, l’imposture est son expédient. Les totalitarismes religieux, militaire ou marchand sont autant de crises où règne l¹imposture ; faits de mensonges iniques et d¹agressions proclamées « justes » sans arbitrage, ils tiennent le temps que des résistances s’organisent. Afin de les combattre, la communauté internationale doit construire un nouveau socle éthique, cosmopolitiquement opératoire et débarrassé de tout préjugé ethnocentriste. Il faudra d’abord passer par-dessus bord, lecture après lecture, débat après débat, tous les tenants de l’imposture qui cautionnent l’insupportable au lieu de l’exécrer.

Vincent CESPEDES

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