Guerre antisubversive

Suite dans l’affaire Joachim Gatti : Des humains stagiaires dans le monde placés en garde à vue

Correctif et précisions sur l’article du Monde « Un journaliste stagiaire du "Monde" placé en garde à vue »

Une manifestation était organisée en fin d’après-midi à 19 heures lundi 13 juillet à Montreuil (Seine-Saint-Denis) pour protester contre les "violences policières" du Mercredi 8 Juillet après qu’ au cours desquelles un jeune réalisateur de homme de 34 ans, Joachim Gatti a été sérieusement blessé à l’œil éborgné. Après avoir Sous prétexte qu’elles auraient essuyé des tirs de feu d’artifice dans leur direction, les forces de l’ordre forces de « l’ordre » ont dispersé cette manifestation sans ménagement en effet dispersé ce rassemblement de soutien aux expulsés de « la clinique » en tirant sans aucune forme de sommation de nombreuses salves de flashball à une distance de 4 à 10 mètres en visant les parties supérieures des protagonistes dont cinq ont été blessés au thorax, à l’épaule, au front, à la nuque, à la tête, au visage... (…)

Adrien Morin, stagiaire à la rédaction du Monde, qui couvrait la manifestation, a été interpellé et placé en garde à vue, malgré le fait qu’il ait mentionné à plusieurs reprises sa qualité de journaliste. Voici son récit : (...)

Antonin W, stagiaire à l’amélioration du monde, qui participait à la manifestation du 13 juillet, fait partie des onze personnes qui ont été interpellées et placées en garde à vue, malgré le fait qu’elles n’aient rien fait d’autre que manifester leur opinion sur la voie publique. Voici son récit :

"Rue de Paris, après une marche paisible, la queue du cortège a été sauvagement assaillie à la hauteur de la Place du marché, par les représentants de l’ordre forcé (garants de l’ordre des forces, suppôts de la force des ordres et bien trop souvent eux mêmes forcenés).

Ceux-ci ont littéralement pris en sandwich les derniers manifestant/e/s via l’intervention d’une trentaine d’agents mixtes(gardes mobiles, policiers en civils munis de brassards, membres présumés de la BAC...) venus en renfort en courant depuis le fond de la place du marché à la vingtaine de gardes mobiles qui clôturaient le cortège.

Sans sommation aucune, les deux groupes ont simultanément fondu, tonfa et matraques en l’air, sur les quelques manifestants qui se contentaient de porter la banderole de queue.

En les rabattants ainsi à coups raccourcis contre le mur ils ont brassé dans leur misérable sillage d’autres personnes.

Nous nous sommes donc tous retrouvés violemment projetés contre le mur et les rideaux de fer des boutiques situés du coté impair de la rue de Paris, et certains qui s’abritaient accroupis derrière la banderole ont continué d’être gratuitement frappés au sol.

Une femme d’une cinquantaine d’années venant de l’extérieur du « filet » s’est rapprochée des agresseurs en implorant l’arrêt des violences.

Elle a pour toute réponse reçu un coup de pied latéral gauche à hauteur du ventre dont la violence l’a projetée au sol à quelques mètres de son point de départ.

La foule commençant de protester, des gaz lacrymogènes ont été lancés, puis nous avons été transportés sous la partie couverte de la place du marché avant que de nouvelles salves de gaz lacrymogènes ne contraignent les agents à nous évacuer vers le début de la rue Marcel Sembat, où des véhicules étaient stationnés (sur l’un d’entre eux était inscrit « C1 »).

Outre le fait qu’une queue de cortège n’est jamais compacte et est toujours plus facile à isoler d’un cortège qui a les yeux et l’attention tournés dans la direction de sa marche, il me semble manifeste que les porteurs de banderoles de queue de peloton ont été désignés comme cible pour trois raisons :

- « Condés hors de nos quartiers » était l’inscription qu’ils portaient

- certains d’entre eux portaient des casques ou couvraient de tissus leurs visages

- tous étaient inoffensifs, tout particulièrement dans la mesure où leurs deux mains étaient occupées à porter la dite banderole.

Par la suite la sélection des personnes à menotter a été fluctuante. Si le mot d’ordre initial a bien été « ne prenez que ceux qui sont casqués ou cagoulés », après quelques hésitations, une sentence plus large a été vigoureusement appliquée.

Onze personnes ont ainsi arbitrairement été arrêtées vers 20h30 puis placées en garde à vue au commissariat de Montreuil avant d’être transférées dans la nuit vers celui de Bobigny. Toutes ont été relâchées le lendemain vers 6 heures et demi du matin. Ce n’est que vers 23h30 que le motif de notre arrestation nous a été énoncé : « violences volontaires contre forces de l’ordre ».

J’ignorais jusque là pourquoi j’avais été arrêté tout comme j’ignorais que la manifestation d’opinion sur voie publique constituait une « violence » faite contre les « forces de l’ordre ». Alors que nous sommes venus manifester contre les « violences volontaires » commises par ces forces en question, nous nous trouvons nous mêmes volontairement violentés et accusés par celles ci de violences volontaires à leur encontre : quoi de plus logique ?

Si la détention reste en elle même inacceptable (de quel droit me prive t-on d’une part de mon temps d’existence au monde ? Comment ces individus ont-ils pu se croire aptes à en décider ?) les conditions de ma détention ne m’ont pas paru suffisamment déplorables ou singulières pour valoir d’être précisément rapportées (petites provocations, singeries et autres idioties gratuites de la part de quelques fonctionnaires, taux d’occupation de l’espace supportable, geôles certes très sales mais nuls excréments ni sang aux murs et sols, petit tatami matelassé et couverture puante pour s’en isoler, accès ponctuel aux toilettes…on était loin des Centres de Rétention Administrative ou des prisons de France).

En revanche le mode opératoire, la désignation des détenus et les conditions des arrestations me semblent bien plus instructives.

L’instruction de n’arrêter « que ceux qui sont casqués ou cagoulés » a été verbalement donnée aux « menotteurs ».

Là était donc manifestement la cible de l’opération.

Avant le départ du cortège le port du casque a pourtant bien été revendiqué comme une protection des têtes des manifestants rendue désormais malheureusement nécessaire par la multiplication et l’intensité des violences policières, parmi lesquelles les tirs de flash ball du 8 juillet qui ont à nouveau tué l’œil d’un de nos concitoyens. Non contents d’avoir tiré dans la tête de manifestants, c’est donc désormais les manifestants qui ont la décence de protéger leur tête qui sont pris pour cible par les mutilateurs assermentés, agents du pouvoir exécutif français privilégiés par le législatif et généralement absous par le judiciaire.

S’agit-il de tenter de fabriquer l’illusion publique que le port d’un casque serait un motif légitime d’interpellation ?

Qui peut donc croire que se protéger la tête représente une menace pour autrui ou pour « l’ordre public » établi ?

Se protéger serait-il implicitement en train de devenir un délit ?

Dans ce cas, ne doutons pas qu’avec le soucis constant de l’intérêt général, de la tranquillité et de la sécurité publique ainsi que de la garantie des libertés individuelles et collectives que nous lui connaissons, le ministère de l’intérieur va sans tarder faire arrêter ces hordes barbares de gens qui par centaines, non seulement se protègent derrière des casques, des armures et des boucliers mais se munissent aussi de tout un arsenal guerrier(matraques, tonfas, gaz lacrymogènes, flash ball, tazers, revolvers...), pour venir systématiquement contraindre, perturber et violenter les citoyens qui exercent leurs droits , notamment à la liberté d’expression, au cours de rassemblements pacifiques

« Celui qui n’a rien à se reprocher n’a pas à craindre la police » argueraient machinalement ceux qui n’ont pas encore été exposés à sa violence gratuite, croissante et boulimique que de trop nombreux cercueils, corps, témoignages, photos, vidéos, attestations médicales, plaintes, rapports et statistiques attestent pourtant de manière indubitable.

Enfin, de même que la dépêche mensongère de l’AFP (10/07/09, 15h01) présentait Joachim Gatti comme « un jeune squatter (…) d’une vingtaine d’années » qui « a perdu un œil après un affrontement avec la police », l’argument selon lequel l’usage de la violence et de la sauvagerie policière serait un cas de légitime défense face à des tirs de feux d’artifices est une ignoble escroquerie intellectuelle dans la mesure où la mission exécutive des « forces de l’ordre » consiste à garder la paix, à arrêter les violences et leurs auteurs, pas à les juger ni à les punir.

Est-il besoin d’ajouter que leur attirail de combat ignifuge ainsi que leurs boucliers, leurs casques et leurs visières les préservent du faible danger que peuvent représenter de simples feux d’artifices ?

Il s’agit justement là encore d’un artifice utilisé pour anesthésier « l’opinion publique » et continuer d’appliquer des lois et directives gouvernementales (déloyales, immorales, liberticides et anticonstitutionnelles), d’intimidation, de division et de contrôle des populations par la violence et la peur.

Il appartient et ne tient qu’à chacun/e d’enrayer ce terrorisme d’État. »

Antonin W.

14/07/09

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