Négrologie - Les critiques

Stephen Smith, journaliste « négrophobe »

Afrique XX1, N°6, hiver 2006

La sortie de "Négrophobie", ouvrage collectif de Boubacar Boris Diop, Odile Tobner et François Xavier Verschave, est une réponse cinglante à une injustice restée impunie : la sortie en 2004 de "Négrologie", un ouvrage raciste, salué pourtant unanimement par les médias et couronné du prix France télévision.

Quoi qu’on puisse en dire, les Africains restent des "indigènes" pour la République. À ceux qui en doutent, qu’ils expliquent pourquoi de L’Express au Monde, on a salué l’ouvrage de Stephen Smith et l’auteur lui-même comme « courageux », « honnête » et « compétent ».

Qu’est ce qui est courageux : de décrire l’Afrique comme « un paradis naturel de la cruauté » ? Qu’est ce qui est honnête : d’écrire que les Africains refusent « d’entrer dans la modernité autrement qu’en passager clandestin ou en consommateur vivant au crochet du reste du monde » ? Quelle est cette compétence qui affirme que « si six millions d’Israéliens pouvaient par un échange standard démographique prendre la place des tchadiens à peine plus nombreux, le Tibesti fleurirait » ?

Smith est bien connu de ceux et de celles qui combattent le néocolonialisme, notamment de par ses positions révisionnistes sur le génocide des Tutsis du Rwanda. Pour lui, « l’Afrique travaille à sa recolonisation » mais « plus personne n’est preneur ». Qu’il nous indique donc clairement quand l’Afrique a cessé d’être colonisée... Et si plus personne n’est preneur, alors que font Bouygues, France Télécom, Bolloré, Total/Fina/Elf, etc., sur ce continent, de l’humanitaire ?

Réécriture de l’histoire, tours de passe-passe, formules chocs, tels sont les fondements du journalisme de Smith. Son mobile ? Citons Verschave : « La Françafrique est foncièrement raciste ; elle a besoin pour perdurer d’une propagande très élaborée et de relais dans les médias dominants. Le statut, les livres et les pseudo-scoops de Stephen Smith concourent à ce système biaisé, qui dénature l’idée que l’on peut se faire du journalisme, rebelle à toute emprise. »

Smith fait partie de ceux qui entendent donner un air de modernité à un vieux racisme colonial qui n’a jamais disparu en France. Comme le dit Odile Tobner, présidente de Survie : « Ce qui est singulier, en ce début de XXIe siècle, c’est la résurgence insolente d’un discours sur les Noirs ressassant les poncifs les plus éculés, que l’on pensait, avec beaucoup de naïveté, avoir été jetés aux poubelles de l’histoire. On savait pourtant que l’émancipation n’avait pas eu lieu. Comment le discours de la servitude aurait-il disparu ? »

Lors de la disparition de F.-X. Verschave en Juillet 2005, une certaine presse s’est acharnée à salir la mémoire de Noir Silence. C’est dire si nos journalistes "françafricains" du Monde et de Libération n’ont vraiment pas apprécié le décryptage de leurs écrits. Ces « passeurs de racisme ordinaire », la formule est de Boubacar Boris Diop, n’aiment pas la critique. Et bien continuons à leur faire le maximum de publicité grâce à ce livre !

MAT Survie PIF

Négrophobie : réponse aux "négrologues, journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information", Les Arènes, 19,80 euros, ouvrage collectif de Boubacar Boris Diop, Odile tobner et François Xavier Verschave.

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