La France au Rwanda

Rwanda : lettre ouverte à Daniel Schneidermann

Lettre ouverte à Daniel Schneidermann, Suite à son article paru dans Libération dans la rubrique Rebonds le 9 avril 2004.

Indigné par ce mini pamphlet « Des reporters et un génocide », je développerai plusieurs points :
- Vous vous auto-proclamez porte-parole contre le simplisme médiatique face à un sujet aussi grave, tout en invoquant les particularismes africains (« un autre rapport à la mort »), ce qui donne à votre argumentation une tonalité on ne peut plus racialiste. Cela témoigne également d’une crasse ignorance de la situation historique de ce pays. Il vous aura fallu également une part de mépris pour oser s’exprimer sur un sujet qui semble ne vous intéresser que lointainement et dont l’extrême gravité aurait demandé plus de retenue et de circonspection.
- Quand vous prenez la posture du sauveteur de l’honneur de la France, vous faites preuve d’un véritable aveuglement en ce qui concerne les pratiques néocoloniales de la France : la dictature rwandaise était au garde à vous depuis la pseudo-indépendance. Il est donc normal et juste que la France entre en première ligne dans les accusations autour de ce drame. Le Rwanda n’est pas un état souverain au moment du génocide.
- Vous vous adonnez à une étrange manipulation en faisant croire aux lecteurs de Libération que la complicité de la France fait la une de tous les médias. « Patrick de Saint-Exupéry, (…) est présent sur toutes les chaînes ». C’est faux car tout d’abord il s’agit d’un certain type de médias. Enfin, ces deux semaines de début de vérité et de questionnements pertinents, plongeant dans les coulisses de l’horreur, font suite à dix années de brouillard médiatique.

Je commencerai en citant un paragraphe du livre de Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais, p.7 : Qu’ont-ils osé dire ou écrire du génocide rwandais ? En laissant de côté les voleurs de deuil qui en nient l’existence, ils nous ont fourni une « explication » aussi simple que rassurante : ce ne serait là qu’un épisode d’une multiséculaire guerre tribale ou guerre ethnique, une de plus sur le continent noir. Dans ces conditions, puisque les Africains sont supposés se massacrer depuis toujours pour des raisons ethniques incompréhensibles par les Blancs, le génocide rwandais devient presque normal, en tout cas inévitable. Les occidentaux n’y auraient aucune part de responsabilité, et ils ne devraient pas s’inquiéter. « Ce sont des Noirs, nous sommes des Blancs. Voilà pourquoi il ne faut pas intervenir », déclara l’ancien ministre Alain Peyrefitte à l’Assemblée nationale pendant les événements. « Que peut faire la France lorsque des chefs locaux décident de régler leurs querelles à la machette […] ? Après tout, c’est leur pays », conclut le président Mitterand en novembre 1994, s’exonérant ainsi du soutien accordé aux organisateurs du génocide. Fin de citation.

Interloqué par un Jean Hatzfeld aussi à l’aise avec les rescapés qu’avec les génocidaires (« Où est-on donc ? »), vous écrivez :

« Donc, cette image du reporter blanc franchissant, en cent mètres, l’incroyable frontière du massacre dit bien que les collines rwandaises appartiennent à un autre système. (…) Cela suppose un autre rapport à la mort, à la culpabilité, au temps qui passe, au pardon. Comprendre comment Fulgence, Pancrace et les autres peuvent siroter impunément leur bière à quelques mètres de leurs anciennes victimes, cela suppose des instruments, des clés que nous n’avons pas. »

Vous ne vous imaginez pas une seconde que l’énigme, dans cette étrange facilité d’allées et venues entre les victimes et les bourreaux, ce n’est pas un mode de pensée insondable, un « tribalisme » dont seuls les anthropologues les plus affûtés pourraient en expliquer le sens, mais bien le grossier Jean Hatzfeld. Puisque ce sujet sensible semble vous interpeller, vous avez peut-être suivi le Théma sur Arte sur les gacacas (sorte de tribunaux mi-traditionnels mi-institutionnels) qui dévoilait la dimension simplement humaine de cette confrontation forcée, cette conciliation obligatoire et quasi impossible. Cette souffrance à laquelle Jean Hatzfeld oppose des phrases dérisoires et obscènes, entre deux tapes sur l’épaule à ses potes bourreaux. Cette extraordinaire difficulté de se parler après de telles horreurs est celle des rescapés moralement détruits, à la volonté épuisée, sans aucune velléité de vengeance, et dont les frères et sœurs avaient imploré à leurs bourreaux de les achever par balle, les suppliant de leur épargner la mort à la machette, cette mort lente et abominable. Dans un petit pays très pauvre et grand comme la Bretagne, avec 168 communes et, fait quasi unique en Afrique, d’une densité de population comparable aux Pays-Bas, bourreaux et victimes sont « condamnées à vivre ensemble » dira Révérien Rurangwa, rescapé. Parce que les moyens financiers dont dispose le nouvel Etat rwandais et son appareil judiciaire sont sans commune mesure avec l’ampleur du drame. La France donne l’argent pour les armes et les machettes, elle n’est même pas foutue de s’excuser, et coupe les crédits d’une aide qui permettrait de juger les génocidaires et de protéger les survivants.

Derrière cette expression « Cela suppose un autre rapport à la mort », il y en a une autre qui rôde aux alentours : celle de François Mitterand. « Dans ces pays là, un génocide, ce n’est pas très important », prononcée à ses proches l’été 1994.

« Alors, faute de comprendre, les médias français se rattachent à ce qu’ils savent faire : trouver des coupables. »

Vous vous joignez de fait à cette rengaine justificatrice politicarde, celle qui dit « ce ne sont quand même pas nous qui tenions les machettes » : tout comme ce n’était pas Maurice P qui conduisait le train de la mort. Vous connaissez bien les ressorts des grands médias. Leur attitude souvent caricaturale prête à sourire, leur analyse devient souvent un jeu d’enfant, eh oui, comme chez Raffarin I & II, ils ne prennent plus de gants. Alors, persuadé que la politique africaine de la France et son traitement médiatique relève du même mécanisme, vous chargez. Par cynisme, corporatisme, conformisme ou ignorance, vous excluez L’Inavoué. C’est trop énorme, c’est du Meyssan – l’expression magique (*), le Joker à sortir dès qu’on parle du dessous des cartes, dès qu’on met le doigt là où ça fait mal. Excusez moi, je crains d’être brutal mais quand on ne connaît pas les tenants et les aboutissants d’une affaire néocoloniale, quand on a ne serait-ce qu’un petit doute, quand on a que l’avis d’un ex-collègue (oh, il n’est pas le seul, mais c’est lui qui est parti au front), on ne se fend pas d’une chronique lénifiante dans Libé, sous prétexte qu’on a une carte de bon client dans le PAF.

Vous vous enfoncez en reprenant les mantras du négrologue : « Mais [Stephen Smith] évoque le « péché d’orgueil » qui consiste à chercher « les clés de la tragédie rwandaise partout sauf au "pays des Mille Collines" ». Comme si les Africains eux-mêmes étaient incapables, seuls, d’une si mystérieuse monstruosité. » Certes, le génocide, la monstruosité, sont en chacun de nous. Tous les peuples en sont potentiellement capables. Mais en ce qui concerne le Rwanda, le génocide a eu son parrain, le sommet de l’Etat français, ayant sous son contrôle direct ses chefs mafieux, avec des exécutants et des victimes africaines.

Le paroxysme de la françafrique.

Je vois déjà certains crier à l’exagération. Cherchons donc de quel côté se situe l’interprétation caricaturale des faits. Explorons les pistes, empruntons quelques clés, allons-y gaiement : Le PIB du Rwanda est équivalent à celui de la ville de Quimper, soit 1000 fois moins que la France. Cette France, comme elle l’a fait ou le fait avec 26 pays dont 20 anciennes colonies françaises, a le champ libre pour tenir les ficelles d’une impitoyable dictature. Tout comme Total Fina Elf qui est 25 fois plus gros que le Congo-Brazzaville et qui pompe allègrement 83% du pétrole de Pointe-Noire à l’oeil, elle peut tout acheter, même les deux camps d’une guerre civile. Jusqu’en 1990, elle est munie d’un mot de passe qui s’appelle « guerre froide ». Un laisser-passer officieux qui permet la perpétuation de la tradition coloniale et des sphères d’influence. Une mentalité, un goût du secret et la valse des milliards vont s’encrer durablement dans les 3 plus gros partis de gouvernement. On engraisse des dictateurs amis (60 milliards de francs pour Houphouët et Mobutu), on arrose les journalistes (500 000 francs c’est beaucoup pour un journaliste un peu fauché, et une misère pour le système corrupteur) et le tour est joué. Et surtout on crée un climat de terreur, indispensable à l’ordre néocolonial : vive la rente, à bas le développement ! Pour ça il faut former des supplétifs, donner des cours de torture, enseigner des doctrines. Le colonel Bagosora, cerveau présumé du génocide, suivra les cours des militaires français sur la « guerre révolutionnaire », théorie en miroir, cocktail détonnant de méthodologie nazie (elle est là l’invention de l’ethnicisme, pas dans les brousses africaines), stalinienne, maoïste, et de cru colonial. C’est cette doctrine militaire exhumée des cendres de la guerre d’Indochine et d’Algérie qu’enseigneront les haut gradés revanchards de la coloniale dans toutes les dictatures latino-américaines, à la demande expresse de la CIA. Parce que la manipulation par la terreur a fait ses preuves. Parce qu’une population terrorisée par 30 ans de nazisme tropicalo-tricolore est manipulable à merci. « Tue les tous pour ne pas être tué. Ils veulent gouverner le monde, ils ont un plan, etc. ». Le Protocole des Sages Tutsis. Mein Kampf, livre de chevet d’Habyarimana. Quelqu’un a dit : quand on tient le récipient, on y met ce qu’on veut dedans. Et le Rwanda deviendra leur laboratoire et les Rwandais leurs cobayes. En bon relais de la colonisation belge.

Les Belges

Prenant le relais des Allemands et munis du vieil adage « diviser pour mieux régner », ils avaient introduit la mention « ethnique » définitive par la carte d’identité en 1931, avec des critères parfois délirants (taille, forme du crâne… - un véritable classique de la phrénologie) . Il fallait en effet en inventer un paquet, car ceux que les Rwandais appelaient Hutus et Tutsis ont la même langue, la même culture, la même religion, le même territoire. Ce ne sont ni des tribus, ni des ethnies comme se plaît à marteler Jean Hatzfeld, mais plutôt des catégories sociales. Ce ne sont même pas des castes : des Hutus pouvaient devenir Tutsis au cours de leur vie et vice versa. La réalité du pouvoir politique appartenait plus à des clans de circonstance Hutu-Tutsi opposés à d’autres clans de circonstance Hutu-Tutsi. Le mariage entre ces catégories socioprofessionnelles Hutu et Tutsi était aussi courant qu’un mariage entre un fonctionnaire français et quelqu’un du secteur tertiaire. Enfin bref, tout ça pour créer un apartheid colonial, une élite coloniale tutsie jusqu’à ce que ces derniers exigent l’indépendance. Crime de lèse-majesté qui verra les Belges construire un autre apartheid, une autre élite cette fois-ci hutue, suivie d’une pseudo-décolonisation, un maquillage indépendantiste tristement répandu. En quelques années, les Français s’immiscent et verrouillent cette dictature-apartheid. Les premiers massacres à caractère génocidaire apparaissent : étrangement, le journal Le Monde parle en 1964 de « génocide ». Un terme pourtant devenu tabou 30 ans plus tard (le mot « génocide » est systématiquement effacé des écrits faxés par les envoyés spéciaux de ce journal jusque début juin, c’est-à-dire vers la fin du génocide).

1959-1990 : Le mur de Berlin franco-rwandais

Voilà plusieurs centaines de milliers de rescapés Tutsi coupés de leur famille et interdits de retour. Le gouverneur à peau noire ne veut plus de ses encombrants ennemis. Les participants aux pogroms obtiennent des postes influents à tous les échelons de la société et noyautent sans pitié les 168 communes du pays. La Belgique puis la France sont aux commandes.

1990-1994 : Mitterand décuple les forces de l’armée rwandaise et laisse se préparer le génocide

Le FPR, devant l’intransigeance d’Habyarimana, n’a d’autre solution que le conflit armé pour faire rentrer au pays les réfugiés. La bonne idée est également le renversement de l’admirateur de Goebbels. Branle-bas de combat chez les Mitterand : en françafrique, ce sont de petits joueurs. Contrairement aux réseaux Chichi et Pasqua, ils ne contrôlent finalement qu’une petite partie du gâteau néocolonial. Le Rwanda est une chasse gardée. Papamadit et le fils Habyarimana trafricotent, font du bizness entre deux virées en boîte. Pas de panique, il est hors de question de laisser « le p’tit père Habyarimana » : en 2 ans, l’armée rwandaise décuple ses forces et passe donc de 5000 à 50 000 hommes, entraînée par des tricolores chevronnés. Puis vient l’idée de la solution finale : avec l’argent de la France, se commande un nouvel arsenal militaire et l’Aide Publique au Développement octroyée par la France servira probablement à la commande d’1 million de machettes. Des trois parties les plus concernées (la diplomatie française, l’armée française, la dictature en place), aucune ne semble s’opposer au plan qui les arrange tous. Elles se renverront toujours la balle quand on demandera qui a initié le processus génocidaire. Ce n’est pas là l’essentiel. Les stratèges militaires séduisent Mitterand, qui est décisionnaire. C’est dans le manuel de Lacheroi : une répétition scolaire des horreurs de 59, 64, 73, indispensables pour faire régner l’ordre néocolonial. De l’autre côté, en bon élève qui en rajoute toujours devant son maître, l’Akazu, ce petit groupe néonazi au contrôle de cette dictature en fin de parcours, propose carrément l’éradication. Ca s’appelle un génocide, mais vu de très loin, ça ressemble à une guerre tribale du fin fond de l’Afrique des sauvages. Même dix ans plus tard, vous trouverez ce « c’est dans leur culture » dans Charlie Hebdo, journal totalement libre, « vraiment de gauche » et sans pub. Pour les autres médias, on fera jouer le « dîners à l’ambassade, briefings « off » du ministre, intérêt supérieur du pays ». Si le Rwanda était un « contre-exemple » de ces habitudes médiatiques, le génocide n’aurait jamais eu lieu. Quand bien même il aurait commencé, une kyrielle de dignitaires de l’état français croupiraient en ce moment même à la Santé en compagnie des Emile Louis, Maurice Papon et autres.

L’attentat contre le président Habyarimana sert de top-départ pour le déclenchement d’un génocide méticuleusement préparé. Que dis-je, c’est une tautologie, un génocide, c’est toujours savamment orchestré…Ce n’est pas un coup de sang, une fureur tribale soudaine, une colère impulsive comme beaucoup l’ont laissé entendre. Interrogé à presque à chaud par la BBC en 1995, Jean-Christophe Mitterrand, se mentant à lui-même comme un arracheur de dents, déclarera qu’un génocide, ça demande une logistique complexe, et les pauvres petits rwandais dans les conditions qu’on leur connaît en sont incapables, donc il n’y a pas eu de génocide.

Le Monde à l’envers

Comme si les bombardement de Dresde étaient un contre-génocide , ils allèrent jusqu’à présenter la thèse du double génocide, et reprirent l’expression terrorisante inventée par les stratèges militaires : Les Tutsis du FPR sont des « Khmers Noirs ».Cette même France des hautes sphères qui avait soutenu les Khmers rouges dix ans avant !

Contre-feux préventifs

Mais le syllogisme du contre-génocide a vécu, vaincu par le travail des historiens. Le FPR a certainement commis des crimes de guerre, mais il n’y a eu qu’un SEUL génocide. Je passe sur la mission d’information parlementaire, présidée et court-circuitée par le mitterandien Paul Quilès. Voilà que 10 ans plus tard, début mars, dans les couloirs des initiés, on chuchote, on annonce un livre à couper le souffle de Patrick de Saint-Exupéry, excédé par le révisionnisme triomphant de De Villepin sur RFI. Puis la même semaine une Commission d’enquête citoyenne emmenée par Survie, qui auditionne de nouveaux témoins, et obtiendra des résultats aussi inespérés qu’effrayants.

Alors il a fallu inventer un autre syllogisme, plus long dans l’intitulé et qui est en train de se consumer comme un feu de paille. Stephen Smith nous lâche son sous-entendu qu’il a cru imparable car il misait sur la méconnaissance des faits : Le chef Tutsi Kagamé = Responsable de l’attentat = Responsable du Génocide contre les Tutsi. Une équation familière des radios très courtoises. Comme si l’incendie du Reichstag était l ‘élément clé de la 2ème guerre mondiale !

De l’attentat du dictateur Habyarimana

Parlons de celui vers qui vous volez à la rescousse : votre ex-collègue Stephen Smith. On imagine le degré de connivence et/ou la bienveillance en haut-lieu en ce qui concerne l’étrange diffusion du rapport invisible qui tient lieu de « révélations ». L’indécence tacticienne du moment choisi – un peu avant la commémoration des 10 ans du génocide contre les Tutsi - aura après-coup sauté aux yeux de beaucoup. L’identité du commanditaire est une chose distincte du génocide. Ce n’est pas un attentat qui a provoqué le génocide : les massacres de masse étaient réglés comme du papier à musique. "Sur le fameux rapport Bruguière : on l’attend toujours ! un SEUL journaliste d’un SEUL journal PRETEND l’avoir lu... Ce rapport n’est pour l’instant dans les mains de personne." G. Kapler

Colette Braeckmann a confié avoir été approchée par l’unique témoin qui accablerait Kagamé : il n’a selon elle aucune crédibilité 1- parce qu’il a été incapable de décrire avec précision les lieux sur lesquels soi disant il se trouvait.. se sentant confondu, il a pris la poudre d’escampette et n’a jamais refait surface, sinon quelques mois plus tard escorté par la DGSE. 2- si mes souvenirs sont bons cet ex-infirmier avait été exclu de l’armée du FPR pour vol et condamné à 10 ans de prison. On comprend qu’il soit en sécurité entre les mains des services secrets français.

Je veux bien le voir ce rapport... s’il est de la teneur de l’affaire des Moudjahidines du Peuple (arrêtés avec grand fracas médiatiques pour terrorisme et qui faute de la moindre preuve furent tous relâchés quelques mois plus tard en catimini) et des terroristes islamistes vendeurs de chichon (des centaines d’interpellés soi-disant terros et qui débouchera sur 4 condamnations pour trafic de savonnettes !), on risque de bien rigoler...

Les associations et les personnes qui se battent depuis 10 ans pour le simple fait que ce génocide et ses complices soit reconnus comme tels par les autorités françaises et l’opinion publique apprécieront. Pendant 10 ans, la majorité des grands médias ont baigné dans le négationnisme pur et simple, la minimisation, le silence, parfois la manipulation, jusqu’à ce que l’évidence devienne écrasante. Les preuves de l’implication française s’accumulent, des langues se délient. Des militaires et des diplomates, intransigeants et hautains il y a 10 ans, moins fiers il y a 5 ans et balbutient aujourd’hui de pitoyables justifications. Des reportages comme dans Sept à huit, on en attendait à la pelle. Mais des allusions au coulisses du génocide, c’était impensable il y a un mois tant la chape de plomb était lourde. Néanmoins, ne nous y trompons pas : ce ne sont pas les médias jugés les plus impartiaux ou crédibles qui ont évoqué la complicité française : l’Huma, Le Figaro, abondamment raillés pour leur chauvinisme politique, quasi inoffensifs. La très populiste TF1, qui nous sort 3 minutes extraordinaires sur le Rwanda dans son JT, mais à la suite d’un reportage sur la couleur des chapeaux de la reine d’Angleterre, très très crédible tout ça. Par contre, quelle différence de traitement dans les médias dits « sérieux », sur France 2 et 3, Libé, Le Monde ! Alors votre couplet « Patrick de Saint-Exupéry, (…) est présent sur toutes les chaînes », à d’autres !

Aswad Kissé, Paris.

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