La France au Rwanda

Opération Turquoise : l’obession ethniste de certains militaires français

François Ndayisaba relève l’obsession, qui confine au fanatisme, de certains militaires de Turquoise au sujet des ‘‘ethnies’’ rwandaises : « Les militaires français savaient mieux que nous distinguer un Hutu d’un Tutsi. Ils n’avaient même pas besoin de regarder nos pièces d’identité. Ils savaient tout de suite reconnaître un Hutu d’un Tutsi. Mieux que nous. Ils disaient : ‘‘Regardez ce corps, cette finesse, tu as l’air tutsi, mais on dirait aussi que tu as quelque chose de hutu, tu ne serais pas mélangé ?’’ En fait, ils avaient combattu contre le FPR. C’était sur le ton de la blague, mais ils voulaient nous montrer qu’ils savaient qui était hutu, qui était tutsi, qu’ils n’avaient pas besoin de regarder sur la pièce d’identité, comme les autres. » [Entretien le 19 avril 2013 à Kibuye.] Karenzi reste choqué par l’attitude de ceux qui étaient mandatés pour les sauver : « Les Français étaient plus ethnicistes que tout le monde, ils m’appelaient même ‘‘petit Tutsi’’. (…) À leur départ, ils nous ont lancé : ‘‘Voilà vos cousins tutsis !’’ » [Entretien le 2 septembre 2012 à Kigali.]

Il ne faut pas oublier la dimension raciste : « On nous traitait de ‘‘sauvages’’. Ils nous donnaient juste des biscuits, nous étions autour de la route et ils prononçaient un mot que les autres nous ont traduits comme étant le mot Ibirura », murmure Hérédion. [Entretien le 15 avril 2013 à Kanyinya.]

Télesphore Iyamuremye l’a remarqué aussi à Nyarushishi : « Les militaires français disaient alors : ‘‘Les Tutsis sont faibles. Ce sont des chiens. Si c’était un Hutu, il aurait pu tirer ce ressort.’’ Au moindre incident dans le camp, on était punis et enfermés sans pouvoir préparer à manger, ni manger. » Esdras s’en rappelle aussi très bien : « Ils voyaient des gens qui étaient amaigris, qui avaient connu tant d’horreurs, qui avaient couru dans les herbes. Ils les provoquaient au jeu du bras de fer, avec leurs tatouages de buffles et de lions, ils tenaient la personne et ils disaient : ‘‘Oh, regarde les Tutsis, ils ne sont pas forts, voilà pourquoi on tue les Tutsis, ils sont moins forts.” » [Entretien avec Serge Farnel le 18 avril 2013 à Kibuye.]

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