Négrophobie

Négrophobie de Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, François-Xavier Verschave

Réponse aux "Négrologues", journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information.

Présentation de l’éditeur, Les Arènes

Dès lors qu’il s’agit d’un pays d’Afrique « noire », la République a pris l’habitude de s’octroyer tous les droits. Et d’abord celui de mentir. L’information est devenue une arme. De RFI au Monde, son traitement est surveillé, filtré, parfois même organisé. L’un de ces « ingénieurs de l’âme » s’appelle Stephen Smith, maître des faux scoops qui arrangent Paris. Responsable de la rubrique Afrique au Monde après avoir tenu celle de Libération, il est aussi l’auteur d’un best-seller inquiétant, Négrologie, qui ressuscite les pires clichés coloniaux. Trois auteurs de référence ont mêlé leurs plumes pour décortiquer le discours pervers de Négrologie, qui joue avec le feu du racisme pour mieux masquer la face honteuse de la République. Ils mettent à nu, preuves à l’appui, dix ans de désinformation, à Libération et au Monde.

Négrophobie de Boubacar Diop, Odile Tobner, François Xavier Vershave : Réponse aux « Négrologues », journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information.

Avertissement de l’éditeur

Imaginons un instant qu’un journaliste décide d’écrire un essai délicatement intitulé "Bougnoulogie" qui comporte – entre autres – ces lignes : « Le monde arabe est un paradis naturel de la cruauté […]. Des Arabes se massacrent en masse, voire – qu’on nous pardonne ! – se "bouffent" entre eux […]. Ils sont habités par un refus d’entrer dans la modernité autrement qu’en passagers clandestins ou en consommateurs vivant aux crochets du reste du monde. […] Si 6 millions d’Allemands pouvaient, par un échange standard démographique, prendre la place des Marocains, le désert fleurirait. »

Peut-on concevoir qu’il se trouve en France un éditeur réputé pour décider de publier un tel ouvrage, qui reléguerait aussitôt les pamphlets antimusulmans d’Oriana Fallaci au rang de bluettes ? Que cet essai soit salué par la critique ? Que des hommes politiques de premier plan tressent des couronnes à son auteur ? Qu’il obtienne un prix littéraire décerné par un média de service public ? Peut-on imaginer que se propagent sans réactions de telles énormités où le mépris le dispute aux descriptions apocalyptiques, ravalant « les Arabes » au niveau d’une sous-humanité ? C’est pourtant ce qui est arrivé en France.

L’auteur du livre, Stephen Smith, est alors rédacteur en chef au Monde, après avoir passé dix ans à Libération. L’éditeur est l’une des plus vieilles et prestigieuses maisons d’édition françaises, Calmann-Lévy, à l’histoire douloureuse (elle a été « aryanisée » pendant la guerre). Le président du jury du prix Essai France Télévisions, Bernard Pivot, est une figure respectée et populaire entre toutes, qui n’a jamais commis d’impair en quarante ans de critique littéraire.

Il n’est, bien sûr, pas question des « Arabes », dans le livre de Stephen Smith, mais d’une autre boîte à fantasmes : les « Africains ».

Et là, tout change. En France, dès qu’il s’agit d’Afrique « noire », ce qui paraît inimaginable devient aussitôt acceptable. Pourquoi ? C’est tout l’enjeu de ce livre. Pourquoi des dizaines de milliers de lecteurs français (avec un jury littéraire prestigieux en guise de cerise sur le gâteau) acceptent-ils sans broncher d’avaler un discours racialiste, des simplifications ridicules (600 millions d’hommes traités comme un seul) et l’agitation du spectre du « Noir », où l’indigène prend bien évidemment les traits d’une brute sanguinaire et anthropophage, tandis que la femme fait une apparition sous les traits d’une dactylo paresseuse ? Pourquoi tout ce que notre pays compte de vigies antiracistes et d’associations des droits de l’Homme sont-elles restées muettes face à des pages qui auraient pu paraître telles quelles dans La Revue coloniale en 1883 et être saluées par le Congo de Léopold II ? Quelle nostalgie d’empire nous habite donc dès lors qu’il s’agit de l’Afrique ? À ces questions, les initiés de la Françafrique sont tentés d’en ajouter une autre : à quoi sert ce livre ? Car l’auteur de Négrologie, Stephen Smith, n’est pas n’importe quel journaliste. Depuis le génocide des Tutsi au Rwanda, le rédacteur en chef des pages Afrique du Monde n’a eu de cesse de jeter un rideau de fumée sur la culpabilité française dans ce crime, flirtant avec le négationnisme, déminant les dossiers chauds, distillant les faux scoops et les révélations qui arrangent Paris. Prémonition ou connivence ? La fréquentation assidue des sources ministérielles et des services secrets l’a transformé en une étrange boussole. Ses articles et ses ouvrages annoncent régulièrement les inflexions de la stratégie de l’État français. Il en est ainsi d’un certain journalisme « africaniste » à la française. Les mots ont un sens et un poids. Ils sont autant de traces pour remonter à la source. En ce sens, au-delà de la protestation morale, la question est politique. L’outrance de Négrologie s’accorde avec la métamorphose de la politique élyséenne. Le pré carré africain est mort. Vive l’apocalypse ! Depuis le génocide des Tutsi, la France a été impliquée dans la guerre en République démocratique du Congo, dans les massacres au Congo-Brazzaville, dans les détournements angolais, dans les trucages électoraux au Tchad, dans le putsch récent au Togo et dans les affrontements en Côte d’Ivoire…

Il est vain de nier les tensions, et parfois la déliquescence, affectant certains pays africains. Mais pendant le malheur, les affaires continuent. Durant toute la guerre d’Angola, l’une des plus meurtrières de ces dernières décennies dans le monde, pas une goutte de pétrole n’a manqué … Une certaine France installe ses comptoirs et ses réseaux, profitables et protégés, au milieu d’un chaos politique et économique dans l’avènement duquel la République porte une lourde responsabilité. Il arrive même qu’elle se dissimule derrière les fauteurs de troubles. Mais il faut cacher ce que le citoyen français ne saurait voir : les conséquences de quarante ans d’opposants assassinés, de dictateurs choisis et promus par l’Élysée, d’officines, d’affairisme, de « guerre révolutionnaire » et de propagande d’État… Le mistigri de l’anti-américanisme ne suffit plus. La ficelle est usée jusqu’à la corde. Il ne reste plus qu’à ressortir le poison du racisme et à transformer la représentation de tout un continent en pandémonium. « Voilà pourquoi votre fille est muette. »

Boubacar Boris Diop, Odile Tobner et François-Xavier Verschave offrent des clés pour décortiquer ce journalisme si particulier des grands médias français lorsqu’il est question d’Afrique « noire ». Ils récusent les apprentis sorciers du racisme institutionnel. En ce sens, ils sauvent un honneur que la Françafrique et ses « ingénieurs de l’âme » ont perdu depuis longtemps.

Date de publication : juin 2005, 200 pages, Prix : 19,80 €

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