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Les Khmers rouges ouvrent le bal des faux-culs

Tout le monde a exigé la condamnation des anciens responsables du génocide cambodgien. En oubliant que les Etats-Unis, la Chine, la France et l’Onu les ont soutenus pendant dix ans.

Belle brochette d’hypocrites. les Américains, les Français, l’ONU, tout le monde. Il a suffi que deux chefs historiques des Khmers rouges se rendent, le jour de Noël, pour que tous les responsables cambodgiens et occidentaux se mettent à dire la messe des faux-culs.

Premier acte : Khieu Samphan et Nuon Chea annoncent leur reddition. Anciens responsables du génocide cambodgien, ces deux bouchers ont quelque trois millions de morts sur la conscience. Mais le Premier ministre Hun Sen les acceuille avec "des bouquets de fleurs", au nom de la "réconciliation nationale".

Second acte : les Américains s’érigent en donneurs de leçons et réclament, d’un air pimbêche, un procès international. Alors que, pendant plus de dix ans, les Etats-Unis ont copieusement financé les comparses de Pol Pot.

Jusqu’à Noël 1978, tout le monde s’est contrefoutu de la tyrannie khmer rouge. Déportations, famine, exécutions en masse : les Américains regardaient ailleurs. Ou manifestaient, au mieux, une vague réprobation. Mais le 25 décembre de cette année-là, les Vietnamiens envahissent le pays, virent la bande à Pol Pot, et installent un gouvernement qui leur est favorable. Et là, tout bascule.

Notre ami Pol Pot

Soudain, Washington se prend de passion pour le Cambodge. Et trouve Pol Pot tout à fait sympathique. Pékin aussi, d’ailleurs. Car à l’époque, la guerre froide est palpable.

Pour la Chine comme pour les Etats-Unis, tout est bon, alors, pour contenir l’influence de l’Union Soviétique - et des ses alliés vietnamiens - sur le continent asiatique.

Jusqu’en 1989, la guérilla khmer, réfugiée dans le nord du Cambodge, va donc bénéficier du soutien militaire et financier des Etats-Unis et de la Chine - avec la Thaïlande comme base arrière. Pékin fournit les munitions, la CIA envoie des conseillers dans la jungle. Même les Nations unies cajolent le gouvernement en exil, mis sur pied par les Khmers rouges et les royalistes de Sihanouk en 1982.

C’est cette coalition, qui, en 1991, signera les accords de Paris, censés sceller la réconciliation nationale. Avec la bénédiction des Américains. Et bien sûr des Français - qui, dans cette histoire, font également preuve d’un cynisme en acier.

Vendredi (debut 1999, nd recopieur), le quai d’Orsay s’est joint au chœur pour exiger que les responsables des crimes polpotistes "répondent de leurs actes".En oubliant que Roland Dumas, alors ministre des affaires étrangères, avait chaleureusement serré la main de Khieu Sampan, leader officiel des Khmers rouges.

On ne fait pas d’omelette sans génocider 3 millions d’œufs

En réponse aux pressions, Hun Sen a fait volte-face. Et a assuré n’avoir donné "aucune garantie à personne d’échapper à la justice". Il en a profité pour accuser la Thaïlande d’avoir toujours servi de sanctuaire aux polpotistes. Bangkok, vieil allié des Etats-Unis, a bien du admettre l’évidence. en ajoutant toutefois, à son tour, une petite touche de duplicité : " A l’époque, les Khmers rouges pouvaient se prévaloir légitimement de mener une guerre de libération nationale".

Le seul, qui, finalement, n’a pas changé d’avis,semble être Boutros-Ghali. La semaine dernière, l’ancien patron de l’ONU, aujourd’hui secrétaire général de la francophonie, a serré la main de Khieu Sampan avec un sourire ravi. Au moins, c’est plus franc. Et puis, il étaient copains de classe, à Paris, dans les années 50. Et l’amitié, c’est quand même plus important qu’un petit génocide.

David Repko (Charlie Hebdo)

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