Synarchie

La sécurité militaire au coeur de la République. Notes sur la sécurité militaire française et le 2bis rue de Tourville

Dernièrement, Dominique Gevrey du service de sécurité de Renault a été arrêté pour fausse dénonciation dans l’affaire d’espionnage sur le projet de voiture électrique pour laquelle trois cadres ont été licenciés. Il avait notamment travaillé à la DPSD sur l’univers des mercenaires français en Afrique. [1] Bernard Courcelle, qui est devenu responsable de la sécurité du musée d’Orsay dont la conservatrice était Anne Pingeot, puis chef du DPS du Front national en mai 1994, est aussi ancien de la DPSD, chargé du contrôle des mercenaires. Il est donc en lien avec le préfet Prouteau qui prétend ne rien connaître au Rwanda, alors qu’il n’a jamais rompu avec Barril. Un certain Dessalles, mercenaire de Bob Denard, est cité comme témoin par Bruguière. Il était au Rwanda. Courcelle et son frère Nicolas recrutent en 1996 des mercenaires pour sauver Mobutu. Avec Tavernier ils feront un bide.(Jacques Morel)

En deux mots, oui, la DPSD est bien le maillon essentiel dans la construction des services français.

Quant au Rwanda, il importe de ne pas oublier la DRM, créée sur mesure, par Mitterrand, en 1992, pour parachever ses politiques rwandaises et bosniaques.

Mais la DPSD, c’est tout autre chose. On l’appelait, avant 1981, de son vrai nom : sécurité militaire.

Il faudrait en faire une histoire complète, en remontant au XIXème siècle au moins, pour prendre la mesure de cette institution.

Elle est au cœur de l’affaire Dreyfus.

Entre-deux guerres, elle organisera la Cagoule.

Après-guerre, elle prendra une importance particulière à la création de la Vème République, puisque de Gaulle, confronté à l’OAS et à une opposition déclarée dans l’armée, aura recours à celle-ci, dont la fonction première est d’être la police intérieure de l’armée, pour organiser les services gaullistes.

Ceux-ci s’installeront dans les locaux de la SM, aux Invalides, au 2bis avenue de Tourville (le fameux “2bis” avant-guerre), le service 6 du SDCE emménageant dans le même bâtiment (mais pas au même étage : l’accès à la SM étant plus réservé). C’est ce qu’on appellera alors la "base Bison" où se structureront les services gaullistes et ou s’organisera en particulier la French connection. C’est aussi le territoire de départ du SAC. Sous la houlette de Foccart, les gaullistes reprendront la recette de la Gestapo pendant la guerre, en recrutant des voyous. Ceux auxquels on doit l’enlèvement de Ben Barka.

On a des détails sur ces choses dans mon article sur Bernard Courcelles publié dans Maintenant la lettre en 1999. J’ai plus récemment publié un autre article, beaucoup plus extensif, sur le sujet, dans Medialternative, sous le titre "le secret des services".

Très peu de sources en la matière, mais on peut se faire une idée de la base Bison dans la biographie de Marchiani publiée au Seuil.

Quant à la DPSD, rebaptisée ainsi par Mitterrand en 1981, elle sera aussi la base de sa propre construction, entre autres puisqu’il prétendait craindre, en tant qu’élu de gauche, un coup à la Pinochet, et qu’il fallait donc avant tout contrôler l’armée. C’est dans ce contexte que sera créée la cellule de Prouteau-Barril dite des "gendarmes de l’Élysée".

À noter que les fameuses "écoutes de Mitterrand" seront également basées au 2bis.

Michel Sitbon

Notes

[1] Mathieu Suc, "Renault : L’accusateur mis en examen", France Soir 14 mars 2011.

Commentaires