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La Palestine doit être protégée de ses "amis" (par François Burgat)

Je ne connais pas François Burgat, ni la source de ce texte, mais j’ai vraiment envie de le partager (BB) :

La Palestine doit être protégée de ses "amis" (par François Burgat)

Qu’ils soient naïfs ou pervers, tout le mal que l’on peut souhaiter aux adeptes désolants d’un anti-impérialisme littéraliste complètement dévoyé de son sens est d’avoir à visiter demain Homs, Hama, Alep ou n’importe quelle ville de Syrie, sans oublier, à Damas, les décombres du camp palestinien de Yarmouk, avec leurs post enflammés sous le bras. Et de devoir, au milieu des décombres, expliquer autour d’eux : "Chers amis syriens..., chers Palestiniens de Yarmouk ! Cessez donc d’obéir aux ordres de François Hollande, de l’émir du Qatar et du roi d’Arabie Saoudite ! Arrêtez de ne pas vous laisser massacrer ! Soyez raisonnables ! ...Vous aurait-il échappé que celui qui vous fait torturer... soutient la cause palestinienne ?! Et qu’il est allié avec l’Iran révolutionnaire". Ont-ils conscience de l’ étrangeté du cadeau qu’ils font là - tous ces anti-impérialistes en chambre qui veulent écrire l’histoire en se passant de l’avis des peuples - à la cause palestinienne ou anti impérialiste dont ils se disent les "vrais" défenseurs ? La cruelle erreur qui plombe mortellement leur posture résulte (sauf bien sûr pour les membres omni présents de "l’armée électronique" de Bachar al-Assad) de leur coupure avec le terrain syrien. Elle les conduit à croire que parce que des forces étrangères (quand bien même comprendraient elles "le clan de BHL" et ses alliés) effectivement bien peu légitimes à défendre soudainement la démocratie en Syrie, soutiennent l’opposition syrienne, celle-ci devient ipso facto réactionnaire ; et que le despote dont elle cherche à débarrasser la Syrie doit être protégé. Personne n’a pourtant jamais nié que la coalition étrangère qui soutient (ou plutôt qui dit soutenir, car, alors qu’à Alep aujourd’hui, les hélicoptères russes sont à l’abri des pannes et que les canons regorgent de munitions, les armes "saoudiennes", "qataris" ou "occidentales" se font encore cruellement attendre... !) a un agenda bien éloigné de son humanisme affiché. Qu’est-ce qui leur permet enfin (hormis peut être les quelques maladroites déclarations de Borhan Ghalioun, démenties depuis lors) d’affirmer que les forces qui vont succéder à Bachar al-Assad vont se jeter dans les bras de l’Etat hébreu pour lui offrir le Golan et la Cisjordanie ? Les dirigeants égyptiens nouvellement élus ont-ils affiché cette option ? Leurs homologues libyens "alliés de l’OTAN" ou leurs voisins tunisiens ont ils pris ce chemin ? La révolte syrienne est elle influencée de l’extérieur ? Oui, sans doute. Mais dans quelle proportion ? Toute la question est là ! Comment ne pas voir que quatre-vingt dix pour cent du soulèvement en cours est l’expression d’une magnifique mobilisation populaire syro syrienne ! Puissent donc les généreux pourfendeurs des impéralistes manipulateurs venir faire une petite visite en Turquie ou en Jordanie dans les camps de réfugiés syriens. Et les plus courageux d’entre eux s’avancer vers les faubourgs d’Alep ou de Damas. Ils cesseraient bien vite, comme tant d’autres avant eux, de distiller cette prose dont on pourrait se contenter de dire qu’elle est dogmatique et stupide si elle n’était pas, accessoirement, mortifère.

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