Santé

L’arme absolue du VIH serait aussi son talon d’achille

Avides de sensationnel, les médias parlent d’un vaccin contre le VIH depuis plus de 25 ans maintenant, à coups d’annonces aussi lapidaires que superficielles, tant et si bien que les immunologistes ont fini par tenir à décourager leurs patients d’espérer un vaccin et les préparent psychologiquement à une trithérapie à vie. Il est vrai que le VIH étant un virus particulièrement sujet aux mutations - grosso modo, on pourrait dire que le virus mute dans chaque corps humain -, l’idée même de vaccin paraissait saugrenue voire mensongère. Sans parler des polémiques que suscitent la médecine vaccinale en général.

Pourtant, des chercheur états-uniens, analysant les échantillons de sang de 1800 volontaires séropos d’une dizaine de pays du monde entier (7 pays africains, Thaïlande, ainsi que plusieurs pays anglo-saxons), déclarent avoir pu identifier deux anticorps très puissants capables de bloquer le VIH. D’habitude, le VIH utilise une sorte de dard pour pénétrer à l’intérieur des cellules. C’est l’arme absolue car ce dard, dont les piqûres devraient alerter le système immunitaire, utilise - ne me demandez pas ce que ça veut dire - des glycoprotéines, qui changent constamment d’apparence et déjouent pendant un long moment les mécanismes d’alarme. Le temps que l’alarme est donnée, les dégâts sont déjà là et le virus s’est largement répliqué, poursuivant sa funeste destruction du système immunitaire. Or les deux anticorps récemment découverts, poétiquement appelés PG9 et PG16, agissent tout particulièrement sur la partie non mutante d’une glycoprotéine de ce "dard" : autrement dit une neutralisation "à large spectre", en anglais : Broadly neutralizing antibodies (acronyme : bNAbs). Seule une faible proportion des personnes infectées par le VIH produisent ces bNAbs, anticorps qui neutralisent une grande partie des différents types de VIH circulant dans le monde. Jusqu’à présent, les prototypes de vaccins ont toujours eu des résultats médiocres, inadaptés aux mutations constantes du VIH. Selon l’article publié dans Science, les résultats fournissent un cadre pour l’élaboration d’une nouvelle stratégie vaccinale recourant à la stimulation de ces anticorps à large spectre. Le vaccin serait d’autant plus efficace qu’il ferait appel à peu d’anticorps, étant donné leur puissance.

L’article de Medical News Today avance deux explications à cette découverte : tout d’abord, le grand nombre et la variété des échantillons analysés (ce qui paraît être une première). Ensuite, une nouvelle méthode élaborée par Monogram Biosciences et l’IAVI permettant de mieux savoir si telle ou telle molécule pouvait se fixer sur ces fameuses glycoprotéines. Grâce notamment au concours financier de la fondation Bill & Melinda Gates (!), Theraclone Sciences a fourni des moyens d’analyse beaucoup plus rapides pour déceler les anticorps bNAbs efficaces. L’équipe de Koff et Burton, grâce à cette méthode appelée micro-neutralisation, devrait logiquement débusquer d’autres anticorps puissants du VIH.

On en sait pas plus pour l’instant. A suivre de très près. Est-ce vraiment une étape décisive ? Le VIH a fait 25 millions de victimes jusqu’à présent, largement dues à l’inaccessibilité des traitements, la trithérapie ayant été utilisée à partir de 1996. Si personne n’arrête cette hécatombe, elle pourrait se poursuivre, selon les terribles prédictions des organismes internationaux, jusqu’à la disparition prématurée de 100 millions de personnes.

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