International

Khmers

Billets d’Afrique et d’ailleurs n°16, novembre 1994

Au-delà de l’épithète Khmers noirs dont on a affublé le FPR, on sait les rapprochements constants qu’à tort ou à raison suscitent les situations rwandaise et cambodgienne. Dans ce môle extrême-oriental de la francophonie, Paris apporte au gouvernement de Phnom Penh un soutien militaire contre les Khmers rouges - auteurs ceux-là d’un véritable « politicide ». Or l’on observe dans le déploiement de cette coopération, a priori judicieuse, des dérives qui permettent de mieux comprendre ce qui s’est passé au Rwanda. L’extrême corruption du régime cambodgien - pas moins de 1 500 généraux ont acheté le droit de rançonner leurs compatriotes -, fait des « unités spéciales » formées par les instructeurs français un enjeu de pouvoir : chacun aimerait en faire sa milice privée. Selon un diplomate français : « Les forces militaires cambodgiennes formées par la France pourraient servir à fomenter un coup d’État ou à perpétrer des massacres, notamment de minorités vietnamiennes, un peu à la manière des forces rwandaises formées par Paris ». Plusieurs massacres ont d’ailleurs déjà été commis dans le nord du pays, et les exactions vont jusqu’au cannibalisme. Cela pose de terribles questions. Quelle « instruction  » dispense notre coopération militaire ? À supposer qu’elle ne soit pour rien dans le fait qu’un certaine nombre de ses élèves, dans des pays aussi différents que le Rwanda et le Cambodge, deviennent des criminels contre l’humanité, ne faut-il pas s’interroger sur la transmission même, par un pays occidental, des pratiques et de l’état d’esprit commando  ?

Au Cambodge, selon un responsable français, les risques de dérapage sont accentués par une « concurrence malsaine », franco-française, entre cinq ministères - dont celui de l’Intérieur, décidément très extraverti (l’APD va de plus en plus à la coopération policière). Notre soutien militaire passe en partie par des « caisses noires, comme en Afrique ». Il est largement sous-traité à des officines, telle la Cofras, qui emploient des militaires « versés dans le civil ». Le Quai d’Orsay avoue que « le désordre règne »... Seules les convenances diplomatiques l’empêchent de le dire clairement : les relations de la France avec ses anciennes colonies avancent telles un « canard sans tête », et leur contrôle décisionnel est digne de Tchernobyl. (Libération, 19/10/1994).

[Commentaire de la rédaction du Cobaye : la confusion n’est-elle pas plutôt délibérée ?]

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