La France en Afrique

Hommage à François-Xavier Verschave

François-Xavier Verschave est un des fondateurs de l’association Survie. Parti d’une enquête sur l’utilisation de l’Aide publique au développement, il découvre peu à peu que l’État français a mis en place tout un système pour maintenir dans la dépendance une bonne moitié du continent africain. Ce système que Verschave a appelé « la Françafrique » ne diffère guère de la situation coloniale, empêchant toute émancipation des peuples. Il permet de perpétuer l’orientation forcée de l’économie sur les matières premières et le pillage de ces dernières. Notamment par l’assassinat de tous les leaders politiques réellement indépendantistes, et l’instauration par les services secrets français de régimes amis et dictatoriaux. Prêt à tout afin de conserver leur pré carré, les réseaux de l’État français fomentent des conflits meurtriers déguisés en guerres tribales, et vont jusqu’à s’impliquer lourdement dans le dernier génocide du 20ème siècle, celui des Tutsi rwandais en 1994. Ce génocide éminemment colonial, dont l’idéologie raciale est directement tirée des théories en vogue pendant la conquête, est un point culminant des crimes de la Vème République. Peu égratigné en son sein, le néocolonialisme de France est plus vivace que jamais. Non sans rencontrer d’admirables résistances en Afrique, il continue d’asphyxier des peuples exsangues. L’illusion selon laquelle les Africains seraient indépendants, l’affirmation insensée selon laquelle les victimes sont les coupables, est d’ailleurs largement accréditée par les grands médias et les institutions. François-Xavier Verschave a dédié sa vie à rendre intelligible une domination aussi féroce qu’occultée. Nous avons eu la chance de faire la rencontre de François-Xavier Verschave, un tournant dans notre existence. C’était un homme qui a su garder les yeux ouverts face à l’inacceptable, ne disposant que de sa parole et de son courage pour « porter la plume dans la plaie ».

M. Gohi et B. Boudiguet.

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