La France au Rwanda

A propos du droit de réponse de Stephen Smith à Colette Braeckman

Publié complaisament dans le Monde diplomatique, le droit de réponse de Stephen Smith à l’article de Colette Braeckman donne l’occasion, de revenir, 13 ans après, sur le virage à 180° du journaliste de Libération, considéré par certains comme un professionnel consciencieux pendant la période 1989-1994 [1].

Fin novembre 2006, le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière provoquait un raz-de-marée médiatique en publiant un rapport sur l’attentat contre le dictateur rwandais Habyarimana, attentat qui avait servi de prétexte au génocidaires à partir du 6 avril 1994. Dans ce rapport, il accuse Paul Kagamé, chef de l’Armée patriotique rwandaise ayant mis fin au génocide, d’avoir commandité l’attentat contre Juvénal Habyarimana. Un rapport donné pour imminent depuis près de sept ans par les deux seuls journalistes ayant pu consulter le rapport, Pierre Péan et Stephen Smith. Un mois plus tard, un article de Colette Braeckman démonte de manière implacable la logique même de l’ordonnance Bruguière.

La journaliste et éditorialiste du Soir de Bruxelles rappelle les trois sources privilégiées par le juge Bruguière : des présumés génocidaires, l’ancien conseiller à la sécurité de Mobutu et exclu du GIGN Paul Barril, et enfin des transfuges du FPR, dont le plus volubile est Abdul Ruzibiza, amené à Paris par la DGSE. « Alors qu’il avait initialement assuré faire partie du « network commando » auteur de l’attentat, il affirme aujourd’hui qu’il n’était qu’un technicien infiltré, chargé d’effectuer des patrouilles de reconnaissance sur la colline de Massaka, d’où fut effectué le tir. Il reconnaît ne s’être entretenu qu’une heure avec le juge d’instruction français. » Une autre personne auditionnée, Emmanuel Ruzigana, a écrit au juge Bruguière : « Vous m’avez faussement attribué l’appartenance à ce “network commando”, un groupe dont j’avais d’ailleurs nié l’existence. » Ce qui permet à Colette Braeckman de souligner que « ce sont cependant les dépositions de ces deux témoins-clés qui ont permis au magistrat de conclure qu’un commando du FPR était l’auteur de l’attentat (…). Si le juge français s’était rendu en commission rogatoire sur le terrain, il aurait découvert que la colline de Massaka se trouve dans le prolongement de la piste de l’aéroport et du camp militaire de Kanombe, et qu’elle était à l’époque un fief de la garde présidentielle de Habyarimana, composée des « durs » du régime. Sur place, des témoins lui auraient signalé qu’au moment des faits, sur les quelques kilomètres séparant le Parlement du lieu présumé du tir, pas moins de sept barrages avaient été érigés, où cette garde présidentielle, en situation d’alerte maximale, contrôlait sévèrement l’identité des passants et fouillait les véhicules. » Enfin, le rapport du juge Bruguière montre très clairement une orientation politique en phase avec les décideurs politiques français de l’époque, en soutenant que le général Kagamé, en choisissant l’option de l’attentat, « avait délibérément opté pour un modus operandi qui, dans le contexte particulièrement tendu du Rwanda, ne pouvait qu’entraîner, en réaction, des représailles sanglantes ».

Le reste de l’article démontre sans peine les incohérences et les manquements du rapport Bruguière. Collaboratrice régulière du Monde Diplomatique, souvent modérée et discrète dans ses critiques contre l’implication française dans le génocide des Tutsi rwandais au sein du mensuel d’Ignacio Ramonet, Colette Braeckman y produit une réfutation sans appel des théories médiatisées par Pierre Péan et Stephen Smith, et ce dans un organe de presse qui élude quasi-systématiquement les thématiques du néocolonialisme français, d’où sans doute la volonté de Smith de demander un droit de réponse. Au passage, la démonstration ci-dessous ne manquera pas d’interroger les motivations du mensuel pour accorder si docilement un droit de réponse aux arguments si peu consistants. Car sur plusieurs aspects, le droit de réponse de Smith est un texte surprenant. En trois paragraphes lapidaires, il ne contre-attaque que sur deux points parmi d’autres (ceci est-il dû au format assez court du droit de réponse inséré dans la rubrique ‘courrier des lecteurs’ ?), notamment le syllogisme « FPR Tutsi = responsables de l’attentat = responsables du génocide dont ils ont été victimes ». Il s’agit d’une logique aberrante, et chez Smith, qui est à la source du « scoop » révélant la responsabilité supposée de Kagamé, la formule n’est évidemment pas présentée telle quelle mais elle est fortement suggérée. Smith joue aussi sur l’ambiguïté en soulignant que le génocide perpétré par le Hutu Power était « sans conteste préparé et prémédité ». Cette précaution est d’ailleurs obligatoire pour qui ne veut pas passer pour un négationniste, car un génocide est, de part sa définition, forcément préparé et prémédité. Mais l’emploi, dans le même paragraphe, de l’expression « colère populaire spontanée », même employée entre guillemets, a de quoi désorienter plus d’un lecteur.

Enfin, si le syllogisme se trouve chez Smith sous sa forme basique donc plus épurée, il n’en va pas de même chez d’autres médias, et non des moindres, qui, par un discours simpliste, s’appuient sur ce « scoop » en amplifiant le syllogisme sous forme de dépêche (agences de presse, presse quotidienne régionale, journaux télévisés…), créant un effet final de confusion généralisée, confusion d’ailleurs du même degré que celle qui régnait pendant le génocide lui-même. D’autres vont extrapoler jusqu’à absoudre toute implication des autorités françaises dans le génocide : l’hebdomadaire Marianne parle de « révélations qui exonèrent la France de toute responsabilité » (23-05-2004). Pierre Péan, qui pousse aussi le syllogisme jusqu’à l’innocence complète de l’Etat français, est invité sur les plateaux de télé les plus courus : C dans l’air (Yves Calvi), Campus (Guillaume Durand), Cultures et dépendances (Franz-Olivier Giesbert)… Sans compter France Inter, qui lui tendra plusieurs fois son micro à une heure de grande écoute.

Ainsi, tout le brouhaha médiatique sur l’attentat, ayant eu lieu avant et pendant la commémoration des dix ans du génocide ainsi que lors de la sortie du livre de Pierre Péan « Noires fureurs, Blancs menteurs » était dû uniquement aux fuites violant le secret de l’instruction, fuites dont seuls Stephen Smith et Pierre Péan ont bénéficié. Si bien que l’expression utilisée par Smith dans son droit de réponse « ayant prétendument bénéficié de fuites » s’avère vraiment surprenante.

Marie-France Cros, journaliste à la Libre Belgique, a répondu à un entretien réalisé par Sylvie Klinkemallie (« Rwanda, la presse en questions », éd. Golias, 2007) : « ce n’est pas un hasard si un résumé du rapport a été publié à quelques semaines de la commémoration. D’ailleurs, il se trouve que je possède des informations me permettant de savoir que, au contraire, la fuite était organisée par les autorités françaises. Parce que les autorités françaises ont contacté d’autres journalistes pour diffuser l’information. » Finalement, en 2004, seul Stephen Smith aura l’autorisation de consulter (et apparemment de prendre des notes pendant cinq heures, cf. Sylvie Klinkemallie, dans le chapitre « Dix ans plus tard, le Rwanda revient à la une »), des éléments de l’enquête du juge Bruguière.

Selon le droit de réponse de Stephen Smith, « Colette Braeckman montre peu de respect pour le travail journalistique indépendant. Elle étrille ainsi au passage les « rebondissements saugrenus » liés à la découverte – dont elle affirme à tort qu’elle aurait été « démentie par la suite » – de la boîte noire du Falcon-50 abattu le 6 avril 1994. Or l’enregistreur de vol a bel et bien été découvert et acheminé au siège des Nations unies à New York, où il est resté dans un placard pendant dix ans, jusqu’à la parution de mon article dans Le Monde. A la suite d’une expertise, l’ONU a alors affirmé que l’enregistrement était inexploitable... »

Faux ! Le 10 mars 2004, Smith s’était encore une fois appuyé sur le juge Bruguière pour annoncer au lecteur : « le recel d’une pièce à conviction essentielle : la "boîte noire" du Falcon 50 » par l’Onu. Son article fourmille de détails insistants sur l’importance de cette boîte noire, qui est pourtant loin d’être un élément essentiel car l’écoute des enregistrements de celle-ci n’informera jamais l’identité de ceux qui ont lancé les missiles ayant abattu l’avion. De plus, une enquête diligentée par l’Onu a établi une conclusion sans appel : « [L’ enregistreur de vol] n’était pas installé dans l’appareil au moment du crash », conclusion dont Stephen Smith a dû lui-même rendre compte dans les colonnes du Monde le 8 juin.

Le dernier paragraphe du droit de réponse étant proprement incompréhensible, revenons à l’un des arguments principaux du droit de réponse de Stephen Smith : « Ce "syllogisme", dont Colette Braeckman chercherait vainement trace dans mes écrits ». Ci-dessous, une simple recherche de ses articles entre 1994 et 2006 donne une tout autre couleur. Les phrases les plus significatives ont été mises en caractères gras.

Stéphane Bui

STEPHEN SMITH, LIBERATION, 29 JUILLET 1994 :

« Plus de cent jours après l’attentat contre l’avion du président général Juvénal Habyarimana, le 6 avril, la responsabilité de l’acte qui a déclenché les massacres de plusieurs centaines de milliers de Rwandais demeure inconnue. »

« fol enchaînement meurtrier qui l’a suivi »

« L’enquête, sur place, de même qu’une centaine de témoignages recueillis au Rwanda, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et en Europe, fait ressortir, en l’absence de preuves matérielles, comme la plus plausible des différentes hypothèses une - monstrueuse - présomption : que le Front patriotique rwandais, le mouvement représentant les Tutsis minoritaires du Rwanda, ait pu commettre l’acte entraînant le génocide de ses partisans. »

« l’attentat contre l’avion a été une opération militaire, minutieusement préparée, froidement exécutée »

« Aucun « parrain » du Rwanda ne veut avouer que, dans un climat d’extrême tension qu’il n’a pas dénoncé, il suffisait d’exploiter la terreur ambiante d’être tué à moins de tuer le premier. Ce qui a été fait, à des fins de génocide, par les miliciens hutus : d’abord à Kigali et, le temps d’enflammer la « colère populaire spontanée », dans le reste du pays. A Butare, la seconde ville, la rage assassine n’a ainsi débuté que le 16 avril. Preuve, parmi d’autres, que le projet d’extermination -sans conteste préparé et prémédité- n’avait pas été mis au point pour le lendemain de l’élimination physique du Président. »

une Etude sur le terrorisme au Rwanda depuis 1990, rédigée sous le contrôle de gendarmes français encadrant la police nationale : « « Le FPR est le commanditaire des attentats », conclut le document, précisant que ceux-ci « sont commis dans les zones où il y a une proportion de Tutsis importante. Comme ces attentats sont aveugles et touchent indifféremment les deux ethnies, ils attisent la haine entre les hommes, provoquent des combats intérieurs et favorisent ainsi la fuite des jeunes qui vont s’enrôler dans le FPR »... Cette « stratégie du pire » est admise par un dirigeant du FPR qui, sous couvert d’anonymat, ne veut « exclure la mise en place d’une cellule autonome chargée d’abattre Habyarimana ». »

« En l’absence de preuves matérielles indiscutables, aucune conclusion définitive ne peut être avancée. D’autant que les conséquences dramatiques de l’attentat -le déclenchement d’un génocide préparé et la chasse organisée aux opposants hutus- astreignent à l’extrême prudence. Cependant, les massacres qui ont suivi l’acte terroriste n’exemptent pas le FPR de tout soupçon. L’évidence circonstancielle -l’arme utilisée, le savoir-faire nécessaire, la nature de l’attentat et, surtout, le contexte politique-constitué des indices à charge importants. Aussi, paradoxalement, dans un pays à massacres récurrents, le génocide n’était-il pas -facile à prévoir. En présence de 2 500 Casques bleus de l’ONU, qui aurait supposé que des tueries à 1’ arme blanche l’emporteraient sur la logique de guerre « normale » ? Aujourd’hui, au prix de centaines de milliers de morts, la guerre a permis la prise de pouvoir du FPR. »

STEPHEN SMITH, LIBERATION , SAMEDI 6 AVRIL 1996 :

"Evénement déclencheur du génocide des Tutsis et des massacres d’opposants hutus, l’attentat entraîne, dans les trois mois, la mort de centaines de milliers de civils."

STEPHEN SMITH, LIBERATION , 16 DECEMBRE 1998 : « la France possédait donc depuis près de cinq ans des photos de missiles pouvant avoir un rapport avec l’origine du massacre de 800 000 Tutsis. »

STEPHEN SMITH, LIBERATION , 11 MARS 2000 : l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, qui, le 6 avril 1994, a déclenché le massacre de centaines de milliers de Tutsis au « pays des Mille Collines »

Gravissime à double titre, cette accusation impute au régime rwandais sorti des fosses communes la responsabilité de l’événement détonateur du génocide au Rwanda.

Cet attentat, qui a coûté la vie à douze personnes, dont le président du Burundi voisin et trois membres d’équipage français, a servi d’étincelle au massacre organisé de la minorité tutsie et des opposants hutus à l’ancien régime.

STEPHEN SMITH, NÉGROLOGIE (ÉD. HACHETTE, P. 126), OCTOBRE 2003 : (…) selon des sources proches du dossier, l’instruction judiciaire menée depuis 2000 par le juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière sur l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana établirait la responsabilité du FPR dans cet événement qui déclencha le génocide – et dont il était difficile d’ignorer, dans le contexte extrêmement tendu d’avril 1994, qu’il risquait de déboucher sur l’extermination des Tutsi de l’intérieur, ceux qui n’avaient pas fui le « nazisme tropical ».

STEPHEN SMITH, LE MONDE, 9 MARS 2004 : « un acte terroriste, aussi décisif pour la prise de pouvoir du FPR que funeste pour les "Tutsis de l’intérieur". » « un crime ayant débouché sur un génocide » « le nouveau régime à Kigali, issu des fosses communes du génocide » « le meurtre du président Habyarimana fut le signal pour la majorité hutue, à laquelle il appartenait, d’une tuerie généralisée "pour venger le chef". » « Dans son audition, ce témoin-clé s’explique sur l’hypothèse - a priori monstrueuse - que le FPR, le mouvement rebelle né dans la diaspora tutsie, ait pu sacrifier, pour sa prise de pouvoir, les "Tutsis de l’intérieur", c’est-à-dire les parents restés au pays après la fin, en 1959, de l’hégémonie politique de l’ethnie minoritaire au Rwanda. "Paul Kagamé n’avait que peu de considération pour les Tutsis de l’intérieur qui étaient presque assimilés à ses yeux aux Hutus, affirme le capitaine Abdul Ruzibiza. Les Tutsis de l’intérieur étaient des ennemis potentiels qu’il fallait éliminer au même titre que les Hutus pour prendre le pouvoir, objectif essentiel de Paul Kagamé." » « Un autre dissident, Jean-Paul Mugabe, réfugié politique aux Etats-Unis, avait imputé, dès mai 2000, la responsabilité de l’attentat contre le Falcon 50 au FPR, avec cette mise en garde : "Les génocidaires hutus, qui ont tué des Tutsis sans défense, et -les- autres révisionnistes et groupes extrémistes ne devraient pas se servir du présent témoignage pour nier l’existence du génocide contre les Tutsis et prétendre que le crime de Kagamé sur Habyarimana donnait le droit de massacrer les Tutsis sans aucun lien avec Kagamé. Les responsables du génocide de 1994 doivent être poursuivis conformément au droit international." « [La justice française], au regard du passé, était sans doute la moins bien placée pour mener l’enquête sur l’événement qui fit basculer dans l’horreur le Rwanda. Or, elle est la seule à s’être donné les moyens de connaître la vérité que les Nations unies et, tout spécialement, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ont non seulement refusé d’instruire mais se voient aujourd’hui accusés d’avoir voulu étouffer. »

« l’événement ayant plongé le Rwanda dans le génocide »

STEPHEN SMITH, LE MONDE, 18-03-2004 : « Le récit, par un Tutsi de l’entourage de Paul Kagamé, dans une langue comprise de tous, de l’attentat qui a plongé le Rwanda dans le génocide a été ressenti comme un choc au "pays des mille collines".

STEPHEN SMITH, LE MONDE, 6 MAI 2004 : Ssm : L’attentat contre le président Habyarimana constituerait ainsi le point d’orgue d’une stratégie de la tension pour provoquer l’échec des accords de paix et la reprise de la guerre. Mais pourquoi l’élimination du chef de l’Etat, porteuse de si graves risques pour les Tutsis de l’intérieur, était-elle nécessaire ? Guichaoua : « (…) le FPR a activement préparé le dénouement militaire. D’après des sources internes, le scénario de l’assassinat du président Habyarimana a été programmé dès la fin de l’année 93, comme préambule à la reprise de la guerre. En février 1994, le FPR estimait ne plus pouvoir rester "les bras croisés". Dans le camp présidentiel, tous les ressorts d’un génocide étaient alors en place sur le plan politique, idéologique et logistique : de la coordination entre militaires et miliciens armés à la propagande, en passant par des caches d’armes et la confection des listes des victimes. Les dirigeants du FPR savaient que l’élimination du président libérerait les forces les plus fanatiques chez l’ennemi. Ils savaient aussi que, suite à leur mise en garde solennelle du 4 avril, les Nations unies envisageaient le retrait de leurs casques bleus. Sans le vouloir, les ambassades et organismes de coopération internationale ont alors arrêté la date de l’attentat. En effet, ils ont fixé une ultime date butoir, le 8 avril, aux parties en conflit, pour la mise en place des institutions de transition. Ce faisant, ils ont engagé le compte à rebours de l’attentat, de la reprise de la guerre et du génocide. » « Sans être à l’origine du génocide planifié par les Hutus, l’attentat contre le Falcon-50 du président hutu, Juvénal Habyarimana, a déclenché l’extermination de quelque 800 000 Tutsis au Rwanda en 1994. » « Sur la foi d’enquêtes menées depuis dix ans et de "dépositions recueillies par le TPIR", M. Guichaoua affirme que le FPR a mené une politique du pire avant le génocide. L’attentat contre l’avion présidentiel n’aurait été que la touche finale d’une stratégie de la tension qui incluait plusieurs campagnes d’attentats aux mines anti-char et anti-personnels, destinés à faire un maximum de victimes civiles, ainsi que l’assassinat de plusieurs figures de l’opposition démocratique. A l’époque, ces assassinats avaient été mis sur le compte des "escadrons de la mort" de la présidence. André Guichaoua prend soin de souligner que les attentats du FPR "n’enlèvent évidemment rien aux violences organisées par les milices de la mouvance présidentielle et aux exactions commises par l’armée gouvernementale". Mais le mouvement armé de Paul Kagamé aurait libéré "les forces les plus fanatiques" au sein de l’ancien régime et, en abattant l’avion du président Habyarimana, déclenché le génocide. »

STEPHEN SMITH, EMISSION LE VRAI JOURNAL DE KARL ZERO, CANAL +, 16 AVRIL 2006 : « Quelqu’un qui a donné l’ordre d’abattre l’avion à ce moment-là, savait que les Tutsi de l’intérieur allaient souffrir des représailles. Paul Kagamé a pris ce risque sciemment, il savait ce qu’il faisait. On pense que les rebelles qui ont pris le pouvoir ne peuvent pas être aussi diaboliques que d’avoir accepté le risque de faire éliminer une partie de la population rwandaise. On a vu le mal, presque le mal absolu, le génocide, on s’imagine en face qu’il devrait y avoir quelque chose de bien. Malheureusement, ce n’est pas le cas. »

Notes

[1] pendant la période 1986-1988, Stephen Smith est journaliste assez servile aux discours plutôt convenus. Puis, jusqu’en 1994, il alterne bonnes enquêtes et poncifs coloniaux. Ainsi, il sort un bon article sur Jean-christophe Mitterrand - bien que le second septennat soit à son crépuscule - tout en dépeignant la guerre du Liberia comme un conflit inter-tribal.

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