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Mini Watergate Place Beauvau

lundi 29 janvier 2007

Au moment précis[1] où Bruno Rebelle, ancien directeur de Greenpeace France de 1998 à 2003, rejoint le staff de campagne de Ségolène Royal, les Renseignements généraux (RG) auraient réactualisé sa fiche en raison « d’éléments de conjoncture (...), notamment la campagne contre le missile M51, la polémique sur le retraitement des déchets et le sommet franco-africain qui doit avoir lieu dans deux semaines à Cannes[2] », déclare sans rire un officier des RG. L’actualité constante et assez intense des militants écologiques est pourtant connue de tous. Le combat contre le réacteur nucléaire EPR n’est pas récent. Et que vient faire la mention du sommet franco-africain dans ce dossier ? Cette réactualisation paraît donc bien opportune. Sans oublier un des points essentiels : la recherche d’éléments de la vie privée du militant, dont la copie du jugement de divorce. « Il s’agissait clairement de vérifier si c’était un divorce pour faute et ce qu’on pourrait en tirer », raconte au Canard enchaîné du 24 janvier 2007 un flic peu en phase avec ces méthodes. Mêmes si les fonctionnaires rattachés au ministère de l’Intérieur ont fait chou blanc, des révélations sous formes de fuites dans la presse auraient pu déstabiliser la candidate du PS, qui n’a jamais fait mystère que la première loi qu’elle ferait voter en tant que présidente serait une loi contre la violence faite aux femmes. Il paraît également assez peu vraisemblable que les fonctionnaires de police n’en aient pas référé au ministre, ou du moins à leur cabinet. « S’il y avait la moindre chance de lui accrocher une casserole, fallait y aller. C’était pour le cabinet. » révèle l’article du Canard intitulé « L’oeil des RG sur l’équipe Royal », très embarrassant pour le candidat Sarkozy. Selon Brigitte Rossigneux, l’auteure de l’article, six fonctionnaires ont été à l’oeuvre pendant trois jours pour pondre une notice de trois pages qui a filé tout droit vers le QG de Sarko. Des faits confirmés par Le Parisien du lendemain. Un officier de longue date des RG lâche un secret de polichinelle : « Nous avons des missions officielles et des demandes officieuses.[3] » Sarkozy a pourtant proscrit en 2002 l’usage des notes blanches, écrits non signés des services et sans en-tête, dont le sérieux du contenu, très aléatoire, menait à des dérives. Officiellement, Sarkozy a recentré le travail des 3500 fonctionnaires de police sur la lutte contre les violences urbaines, l’économie souterraine, l’intelligence économique et le terrorisme. « Cela n’empêche pas certains chefs de nous demander d’enquêter sur X ou Y. On se demande parfois pour qui on travaille, même si, en fonction des cibles, on a une petite idée. » déclare malicieusement notre même officier. « C’est pire que sous Pasqua et Bertrand » entonne un ancien du service[4]. En 1995, Balladur fût contraint d’abandonner la surveillance des partis politiques après les révélations d’écoutes sauvages par un policier des RG d’un conseil national du PS à huit clos. Selon le quotidien Le Monde[5], le travail des RG englobe désormais « la gestion des crises d’ordre public, avec le suivi des formes de contestation émergentes. » Des termes très vagues laissés à l’appréciation du ministère qui aura bien du mal à persuader que les RG ne peuvent plus être une police politique aux ordres du pouvoir.

"Ça va ressusciter le fantasme d’un homme qui contrôlerait tout[6]", déclare l’entourage de M. Sarkozy. Pourtant, les réminiscences avec Jacques Foccart sont assez évidentes : à l’époque, le Secrétaire général de l’Elysée contrôlait étroitement les services secrets, les relations franco-africaines, mais aussi...le processus électoral. Foccart fut fréquemment accusé de barbouzeries contre les candidats de gauche. Nicolas Sarkozy, l’héritier de Pasqua l’Africain au ministère de l’Intérieur, a aussi la charge de l’organisation des élections. Or, il est lui-même candidat à l’élection présidentielle, et tarde de manière très peu républicaine à démissionner de son poste de ministre. Il avait clairement justifié son retour à l’Intérieur par le souci d’éviter les mêmes genres de coups bas de la part de ses rivaux de droite[7]. A ce stade, le locataire de la Place Beauvau reprend ainsi la main sur une bonne moitié des services de renseignements français : les RG, la Direction de la surveillance du territoire (DST), dont de nombreux travaux ont montré qu’elle chassait sur les terres africaines de la DGSE[8], auxquels on peut ajouter le Service de coopération technique internationale de Police (SCTIP), véritable carrefour du renseignement. Sarkozy a bataillé pour placer un de ses proches, Bernard Squarcini, au poste de directeur des RG. Mais Chirac fait barrage et impose Pascal Mailhos. Au final, Sarkozy limoge ce dernier deux ans plus tard en faveur de Joël Bouchité, très en phase avec Squarcini.

A chaque élection présidentielle, les partis d’opposition promettent une redéfinition drastique des objectifs des RG, voire leur dissolution. Le parti socialiste, qui dénonce « une campagne de boules puantes » et dont la candidate a essuyé en 2006 des attaques incessantes sur sa famille[9], n’est pas en reste. L’annonce d’une victoire plausible de François Mitterrand à la présidentielle de 1981 n’avait pas manqué de provoquer « la panique au sein du service. (... ) On avait espionné toute la gauche (...) . Notre chef nous a convoqués : "N’ayez crainte, si nous avons un ministre socialiste, il va appuyer sur tous les boutons de son bureau et les seuls à répondre, ce sera nous. " Il avait raison. La dissolution des RG figurait dans le programme du PS, mais, une fois aux commandes, ils se sont appuyés sur nous comme jamais », dixit un ancien commissaire divisionnaire[10]. Autant dire qu’une fois au pouvoir, les socialistes ont maintes fois prouvé qu’ils n’étaient pas des saints. L’affaire des écoutes de l’Elysée est là pour le prouver. Des écoutes illégales de centaines de personnalités entre 1983 et 1986, qui n’avaient pas que pour but de protéger la vie privée du Président : son passé vichyste, l’affaire du Rainbow Warrior, ainsi que d’autres « motifs obscurs » selon le Tribunal correctionnel de Paris faisant de lui « l’inspirateur et le décideur de l’essentiel » : « les faits avaient été commis sur ordre soit du président de la République, soit des ministres de la Défense successifs qui ont mis à la disposition de Christian Prouteau[11] tous les moyens de l’État afin de les exécuter[12] ». Mitterrand, interrogé à propos des « grandes oreilles de l’Elysée » par un journaliste de la RTBF, avait la même défense que celle de Nicolas Sarkozy aujourd’hui : « L’Elysée n’écoute rien. Il n’y a pas de système d’écoute ici ». Le journaliste revenant trois fois à la charge, Mitterrand, très irrité, met fin à l’interview : « Je suis très étonné que vous engagiez le débat sur ces choses. Si j’avais su qu’on tomberait dans ces bas-fonds, je n’aurais pas accepté l’interview[13] ». On ne sait pas vraiment de quelle part d’héritage se réclame Ségolène Royal, qui ne manque pas une occasion de rendre hommage à l’action du chef de l’Etat socialiste.

Publié dans Pressafrique


[1] L’ancien responsable de Greeanpeace annonce son entrée dans l’équipe de Ségolène Royal le 4 janvier 2007. Les RG admettent que la fiche est réactualisée entre le 4 et le 7 janvier.

[2] Le Parisien, 26/01/2007.

[3] Le Parisien, op. cit.

[4] Le Canard enchaîné, L’oil des RG sur l’équipe Royal, 24/01/2007.

[5] Les RG ont enquêté sur un membre de l’équipe Royal, 26/01/2007.

[6] Le Monde, Quatre hypothèses pour un départ de la Place Beauvau, 27/01/2007.

[7] Orchestrateur de sa propre « pipolisation », Sarko a été pris au piège et victime de coups bas infligés lors de ses déboires conjugaux. Le seul problème dans cette affaire était la relation de couple entre Sarkozy et une journaliste du service politique du Figaro, situation de plus en plus récurrente en France et en contradiction avec les principes déontologiques.

[8] Notamment au Soudan (lire « La Françafrique » de F-X. Verschave, Stock, 1998) et en Algérie (lire "La Françalgérie", de J-B. Rivoire et L. Aggoun, La Découverte, 2004)

[9] Attaques dont il est difficile d’établir la provenance.

[10] Recasens Olivia, Décugis Jean-Michel et Labbé Christophe, Place Beauvau, La face cachée de la police, Robert Laffont, 2006, p. 249.

[11] Au sein de la cellule anti-terroriste de l’Elysée.

[12] http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...’%C3%89lys%C3%A9e

[13] http://archquo.nouvelobs.com/cgi/ar...

Commentaires

1 Message

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